La littérature haïtienne, comme domaine de préoccupations esthétiques de notre peuple, est riche en témoignages poétiques, qui ne sont pas des exercices de style, mais de vrais cris du cœur, montrant l’engagement de leurs auteurs à fixer dans le temps des moments inoubliables de notre glorieuse histoire. C’est sans esprit passéiste que nous nous référons à des écrits qui ont marqué les hauts faits de cette épopée nègre, unique dans la dynamique des révolutions sociales à l’échelle planétaire.
Au regard de la politique politicienne, les accents littéraires sont souvent perçus comme de pures démarches de l’esprit, dénuées de conviction et de sincérité. Il demeure pourtant évident que de nombreux auteurs, d’hier et d’aujourd’hui, ont magnifié et magnifient encore les exploits titanesques de nos aïeux, en des accents très sincères, empreints de générosité et de conviction politique. Chez un Massillon Coicou, par exemple, l’hommage au drapeau constitue un vibrant acte de foi en la patrie, laquelle, à aucun moment de la durée, ne doit être l’objet de traitrise et de reniement. Dans son texte, Sous le drapeau, les rimes s’articulent comme des larmes amères, à l’idée que des apatrides puissent ternir ce signe visible de notre dignité de peuple à part entière.
Jean F. Brierre, pour sa part, dans un de ses drames célèbres, a comme fait l’apologie de notre emblème national. Dans Les Fleurs de Sans- Souci, il laisse égrener ce beau vers comme dans un dernier songe : « Ah! Prenez le soleil avant qu’il ne replonge! ».
De son côté, Louis Joseph Janvier traça un vif croquis de l’Archaie: « Vieux bourg aux murs étroits, où naquit en plein soleil l’oriflamme à deux tranches ».
Plus près de nous, Émile Célestin Mégie reprendra le même thème dans Hymne au drapeau, pour non seulement célébrer ce beau mariage de couleurs, mais pour surtout rétablir le sens de l’azur dans ce printemps national qu’est la fête du drapeau. Dans ce texte, ll invite le bicolore bleu et rouge à « investir nos foyers et à souffler en nos cœurs ».
Cependant, nul poète que Luc Grimard n’a été si précis dans l’évocation de cette apothéose de l’Archaie: « … Ce mercredi soir, ce jour du dix-huit mai mil-huit-cent-trois… ».
Il faut enfin pénétrer la poésie de Paul-Émile Latortue pour comprendre que beaucoup d’entre nous souffrent dans leur chair quand se stigmatise l’honneur national :
« …Et que le monde entier, en montrant ce Drapeau
Sache de quel éclat nous brillons sous la peau ».

Donc, davantage que la politique, la poésie a de tout temps chanté les prouesses de nos ancêtres et la beauté de nos couleurs nationales. N’empêche qu’il faut toutefois reconnaître à un politique, feu le révérend Père, Hubert Papailler, Ministre de l’Éducation Nationale sous François Duvalier, une certaine expression lyrique, en disant dans un discours à l’Archaie, un certain 18 mai : « À l’Archaie , il faudrait marcher à deux genoux, pour ne pas brouiller la terre que nos ancêtres ont foulée».
La politique peut tout de même faire bon ménage avec la poésie, rien qu’à penser à André Malraux, Léopold S. Senghor, Aimé Césaire, et même Néron qui faisait des vers en voyant brûler la ville de Rome.

Mérès Weche
CERPHI

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