L’équation complexe de la Corée du Nord !

Avec le recul de l’Etat Islamique dans ses territoires d’origine suites aux actions coordonnées des grandes puissances, le dossier nucléaire nord-coréen semble être le principal sujet de préoccupation de la Communauté internationale. En effet, l’équation nord-coréenne, avec les variables inextricables qu’elles renferment, est de nature à donner des sueurs froides à Hawaï et depuis peu à Los Angeles, peut être même jusqu’à New-York.

Le dossier nucléaire nord-coréen est ancien et trouve son fondement du conflit qui a opposé (et qui oppose encore) les deux Corées. Techniquement, les deux Corées sont encore en conflit, car la guerre de Corée (1950-1953) a pris fin avec un simple cessez-le-feu, qui n’a jamais été formalisé par un traité de paix en bonne et due forme. Le programme balistique et plus tard nucléaire de la Corée du Nord a démarré depuis Kim Il-sung (grand-père du dirigeant actuel), a continué avec Kim Jon-Il (Père du dirigeant actuel) et est passé par divers étapes et cycles de négociations notamment dans le cadre du groupe des 6 (Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Russie, Japon, Etats-Unis).

Lors de la Conférence de Pékin de septembre 2005, la Corée du Nord, qui s’est retirée du Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP)  le 10 janvier 2003, a déclaré accepter renoncer à l’arme nucléaire en contrepartie de garanties de sécurité et d’un accès au nucléaire civil. Par ses agissements, la Corée du Nord a encore une fois violé ses engagements internationaux. Ces actes, selon les Américains et leurs alliés, représentent non seulement une menace pour la paix régionale mais aussi pour la paix et la sécurité internationales. Le Conseil de sécurité des Nations Unies a déjà adopté plusieurs résolutions pour condamner les provocations de la Corée du Nord, telles que : Résolution 1718 (2006), 1874 (2009), 2087 (2013) et 2094 (2013).

Néanmoins, autant le dire tout de suite, la solution militaire en Corée du Nord n’est pas la bienvenue. Une Opération militaire contre la Corée du Nord signifie que le Japon et la Corée du Sud connaîtront des dommages collatéraux car ces deux pays sont sous la menace conventionnelle de l’armée nord-coréenne et la Corée du Sud à portée d’artillerie. De plus, l’armée nord-coréenne dispose d’un stock important d’armes chimiques et bactériologiques qu’elle peut utiliser si la survie du régime est en jeu en plus du potentiel nucléaire. Scénario catastrophe !

Il est également utile de préciser que près de 47.000 soldats américains sont basés au japon, principalement sur l’ile d’Okinawa et 28.000 sont stationnés en Corée du Sud et compteront probablement au rang des victimes en cas de dérapage. Ajouté à ces complications opérationnelles, la présence des grands voisins chinois et russes plus ou moins alliés du régime stalinien nord-coréen, vous avez la plus grave crise géostratégique au monde. Néanmoins, entre grandes puissances on ne se fait pas de cadeau, chacun défend ses intérêts objectifs.

D’abord, la République Populaire de Chine n’a aucune envie de voir une Corée unifiée sous la direction du Sud qui ramènera 28.000 soldats américains à sa frontière en plus du bouclier anti-missile américain THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) déjà installé qui représente pour Pékin un désavantage géostratégique. D’autant plus qu’en cas de conflit, Pékin devra accueillir des milliers de réfugiés nord-coréens car à la frontière avec le Sud, il y a beaucoup trop de mines anti-personnel et la route russe est quasi-impraticable en raison du froid.

Pour la Russie, c’est assez simple, tout ce qui empêche de bien dormir à Washington est bon à prendre même si personne n’a envie de voir une explosion nucléaire à sa porte car les nuages radioactifs n’ont pas encore appris la notion de frontière.

Pour la Corée du Sud, l’idée d’une guerre contre le frère ennemi est presque synonyme d’Apocalypse car même sans utilisation d’arme nucléaire, le tableau risque d’être sombre, les morts se compteront en millions, Séoul détruit et une explosion nucléaire avec la puissance de la technologie nucléaire nord-coréenne actuelle, que Dieu nous en préserve, rendra la vie impossible dans une large partie du territoire.

Les japonais sont convaincus qu’en cas de guerre les sous-marins nord-coréens leur mettront plein la vue et qu’ils auront toute la gamme de missiles balistiques et en option une tête nucléaire. De ce côté-ci, la menace nord-coréenne est prise avec le plus grand sérieux.

Guam, Hawaï, la Cote Ouest (région englobant Los Angeles, San Francisco…) et depuis peu probablement Washington D.C. et même New-York sont à portée des missiles balistiques intercontinentales (ICBM) de la Corée du Nord qui, au même moment, réalise des avancées significatives dans sa quête de miniaturisation en vue de placer une charge nucléaire à la tête d’un missile (15 tirs de missiles en 8 mois) . Je vous fais grâce du dessin. De fait, bouclier anti-missile ou pas, les généraux américains au Pentagone ont quelques nouvelles variables dans l’équation déjà compliquée et complexe de la Péninsule coréenne.

Les dirigeants nord-coréens ne sont peut-être pas fous, ils ont leur propre rationalité et sont pour le moins d’une habilité tactique. Dans la situation de la Corée du Nord, ils se disent qu’ils n’ont pas le choix et ils le savent. La survie du régime dépend de ses capacités militaires pour tenir en respect ses adversaires acharnés, ses frères ennemis et ses amis d’occasion. D’autant plus que l’exemple de Mouammar Kadhafi, en Lybie, qui a négocié avec les occidentaux et a mis un frein à son programme nucléaire pour le sort que l’on connaît n’est pas de nature à encourager les dirigeants nord-coréens dans la voie du dialogue. Les Nord-coréens jouent la montre, et ils savent que le temps joue pour eux et dans quelques mois tout au plus, leur puissance militaire leur donneront une assurance vie et réaliseront un vieux rêve, celui d’être reconnu comme une puissance importante.

J’ose espérer que la diplomatie et le bon sens prévaudront et que tous les acteurs Kim Jong-Un, Xi Jimping, Donald Trump, Vladimir Poutine, Shinzo Abe et Moon Jae feront preuve de retenue et de bonne foi.

 

 

Fernando ESTIME,
Politologue, Spécialiste des Relations Internationales,
Directeur de Recherche à la L’Ouverture Institute for Diplomacy and Global Affairs,
Professeur de Relations Internationales et d’Organisations Internationales,
E-mail: fernando.estime@diplomatie.ht
www.facebook.com/estimefernando
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