Selon Jean-Paul Satre, l’université est conçue pour des hommes et des femmes capables de douter. Cela dit, les tâches de l’université devraient consister notamment à analyser les enjeux auxquels est confrontée la société afin de contribuer à l’amélioration de qualité de vie de la population.

Cependant, il semble que depuis des décennies, surtout avec la montée du capitalisme, les universités tendent de plus en plus à renoncer à leur véritable mission en réduisant cette dernière à une simple question d’intégration au marché du travail. De telle sorte que si le marché du travail n’offre pas d’occasion d’emploi pour une discipline, elle est soit absente des programmes, soit traitée en parent pauvre. C’est d’ailleurs ce qui est en train de se produire avec les sciences humaines, par exemple. Malgré qu’il s’agisse de disciplines ayant contribué grandement à l’implantation des bases fondamentales de notre civilisation.

Nous vivons à une époque où l’économie prétend tout régler, comme si l’être humain n’avait pas aussi des besoins spirituels, psychologiques et sociaux à satisfaire. Cette tendance fétichiste est loin d’être sans conséquence sur les sociétés.

Comme tout le monde le sait, le capitalisme est basé sur la consommation. Théorie qui pourrait se résumer comme suit : plus nous consommons, plus nous sommes heureux. Toutefois, la réalité semble prouver le contraire. Selon les derniers rapports de l’OMS, la majorité des dix premiers pays présentant le taux de dépression le plus élevé dans le monde sont des pays riches. N’y-a-t-il pas là quelque chose qui cloche quelque part? Quelque chose qui devrait nous interpeller tous?

Au point de vue politique, le capitalisme n’est en rien un atout pour la démocratie. Selon le philosophe d’origine bulgare, Tzvetan Todorov, la démocratie est en danger, car le néolibéralisme en déstabilise les bases. À mon avis, l’une des caractéristiques fondamentales de la démocratie que veut détruire le néolibéralisme est le sens de la collectivité. Il est impossible de faire cohabiter le culte de l’individu et le sens de la vie en commun.

Force est de constater que le système capitaliste est loin d’être idéal. Dans les pays où il a remporté le plus de succès, nous pouvons sans problème parler d’aisance matérielle pour une bonne partie de la population, contrairement aux pays dits tiers-mondistes. Par contre, cette commodité matérielle n’empêche pas que ces sociétés éprouvent de graves problèmes d’ordre spirituel ou psychologique. Quant à l’aspect politique, le capitalisme féroce, axé sur l’individualisme et la consommation, représente un obstacle pour la culture démocratique en détruisant le sens de la vie collective. Chacun s’enferme obsessionnellement sur lui-même, cherchant sa propre satisfaction.

Par conséquent, l’université ne doit pas se laisser instrumentaliser en se limitant de plus en plus à la simple question relative au marché du travail. Elle doit inculquer aux étudiants le sens critique, afin de leur permettre de comprendre la société et de remettre en question les structures établies. Ainsi, pourra-t-elle contribuer à l’épanouissement intégral de la société. Comme centre de création et de diffusion de la connaissance, l’université doit faire un choix : soit elle obéit aveuglément à loi du marché, soit elle travaille pour la sauvegarde et le progrès de la démocratie; un choix entre former des employés et former des citoyens, pour reprendre les mots de Fernando Savater.

Jocelyn Sanon

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